Chroniques

[Chronique] Celle dont j’ai toujours rĂȘvĂ©, Meredith Russo

AprĂšs presque sept semaines d’absence, je reviens aujourd’hui pour vous parler d’un roman young adult dĂ©couvert en janvier. Il s’agit de Celle dont j’ai toujours rĂȘvĂ© de Meredith Russo, et voici ce que j’en ai pensĂ© :

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★★
☆☆☆

RĂ©sumé : « Amanda Hardy arrive dans un nouveau lycĂ©e. Comme beaucoup, elle souhaite avant tout s’intĂ©grer. Mais malgrĂ© sa popularitĂ©, un secret l’empĂȘche de s’ouvrir aux autres. Sa rencontre avec Grant remet tout en question. Il est le premier garçon qui parvient Ă  lui faire baisser sa garde. Amanda comprend que pour ĂȘtre heureuse, elle doit se rĂ©vĂ©ler, au risque de tout perdre. Car le secret d’Amanda c’est qu’avant, elle s’appelait Andrew. »

Mon avis : J’avais trĂšs envie de dĂ©couvrir ce roman dont j’avais entendu beaucoup de bien. Si les premiĂšres pages m’ont enthousiasmĂ©e, la suite du rĂ©cit n’a pas Ă©tĂ© pour moi une grande rĂ©vĂ©lation et je vais essayer de dĂ©tailler pourquoi.

Commençons par le positif : le traitement du thÚme de la transidentité.

Il s’agissait de ma crainte principale concernant cette histoire et j’ai apprĂ©ciĂ© la maniĂšre dont le sujet Ă©tait abordĂ©. RĂ©aliste, sans pour autant tomber dans le drama ou le voyeurisme — pas de surprise quand on sait que l’autrice elle-mĂȘme est une femme trans, mais ça mĂ©rite tout de mĂȘme d’ĂȘtre soulignĂ©.  Un autre point qui m’a semblĂ© intĂ©ressant Ă©tait la prĂ©sence de plusieurs personnages LGBT — il est rare d’en croiser plus de deux par roman et j’ai Ă©tĂ© ravie de dĂ©couvrir ici davantage de diversitĂ©. DerniĂšre qualitĂ© notable, et non des moindres :  le style fluide et simple se lit trĂšs facilement, c’est un vĂ©ritable page-turner. Rien que pour ces trois raisons, je suis contente qu’un tel livre existe et je le recommanderais volontiers aux adolescent-e-s en quĂȘte de rĂ©ponses.

NĂ©anmoins, Ă  titre personnel, cette lecture ne m’a pas franchement emballĂ©e. Tout d’abord, j’ai Ă©tĂ© gĂȘnĂ©e par des incohĂ©rences dans le scĂ©nario : certains Ă©lĂ©ments mis en place au dĂ©but de l’histoire, tels que la crainte d’Amanda de s’exprimer Ă  voix haute m’ont semblĂ© trop rapidement ou inexplicablement balayĂ©s par la suite. L’Ă©volution des personnages et des relations ne m’a pas non plus paru satisfaisante. La romance autour de laquelle l’intrigue se construit ne m’a ainsi pas convaincue, les personnages n’ayant jamais de (vraies) discussions ensemble, et ne semblant trouver d’intĂ©rĂȘt l’un-e envers l’autre que pour des raisons d’attirance physique. Par ailleurs, les rĂ©actions des personnages m’ont souvent semblĂ© exagĂ©rĂ©es, voire irrĂ©alistes, et j’ai Ă©tĂ© choquĂ©e par certains passages (ex : lorsque la mĂšre de l’hĂ©roĂŻne lui reproche de l’avoir « saignĂ©e Ă  blanc » en lui payant son opĂ©ration). Ce qui m’a le plus agacĂ©e, cependant, c’est la multiplicitĂ© des clichĂ©s au cours du rĂ©cit : l’hĂ©roĂŻne tellement belle, forte, drĂŽle et intelligente que tout le monde en tombe amoureux-se, la bisexuelle artsy qui fume des joints, la lesbienne qui dĂ©teste les robes, le bellĂątre athlĂ©tique pauvre au grand coeur, etc, c’est un dĂ©filĂ© de stĂ©rĂ©otypes et de situations vues et revues qui m’ont souvent fait lever les yeux au ciel.

En rĂ©sumĂ©, j’ai eu le sentiment de lire une romance peu originale, ne correspondant pas Ă  mes goĂ»ts et attentes. Je salue cependant le message d’espoir et de tolĂ©rance vĂ©hiculĂ© au fil de l’histoire 🙂

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Box

[Box littĂ©raire] La box Exploratology de Janvier 2018

Hello ! Je reviens aujourd’hui pour vous prĂ©senter le contenu de la Box Exploratology de Janvier 2018. Le concept de cette box orientĂ©e vers la dĂ©couverte de perles rares m’attirait depuis un moment ; en voyant que le thĂšme de ce mois-ci Ă©tait Levons la tĂȘte — rĂ©cits de rĂ©sistance dans le Grand Nord Canadien et au BrĂ©sil, je n’ai pas rĂ©sistĂ© bien longtemps. J’ai choisi l’abonnement Bonheur de Lecture avec le supplĂ©ment et j’ai donc eu le plaisir de recevoir deux livres accompagnĂ©s de plein de petites surprises. ♄  

Les romans  

1) Les Bois de Sawgamet, d’Alexi Zentner

51TwpevdLWL._SX307_BO1,204,203,200_« Un enfant qui penche ses doigts au-dessus d’un lac gelĂ©, un homme seul dans la forĂȘt qui rencontre une crĂ©ature, des villages ensevelis sous la neige, des troncs d’arbre jetĂ©s avec fracas sur une riviĂšre… Et surtout de sombres forĂȘts, immenses, dangereuses, magiques aussi. Vous l’aurez compris, c’est un splendide roman d’atmosphĂšre. On y suit une famille sur trois gĂ©nĂ©rations, dans une colonie du Grand Nord Canadien, Ă  l’Ă©poque des chercheurs d’or. Roman familial intimiste, fascinante plongĂ©e dans l’Ăąpre vie de l’Ă©poque, texte empreint de magie s’inspirant de la mythologie inuit… C’est une formidable lecture pour l’hiver, Ă  dĂ©guster bien emmitouflĂ© dans un plaid! đŸ™‚Â Â»


2) K., de Bernardo Kucinski   

71W7ootwv-L« Dans le BrĂ©sil de la dictature des annĂ©es 60-80, un pĂšre se lance Ă  la recherche de sa fille, disparue du jour au lendemain. Magnifique roman, Ă  la construction labyrinthique, qui alterne les points de vue et les registres de langue, c’est une plongĂ©e fascinante et effrayante Ă  la fois, quasi documentaire, dans la machine Ă  Ă©craser les hommes mis en place par le rĂ©gime de l’Ă©poque. Mais c’est aussi un trĂšs beau livre sur le devoir de mĂ©moire et un deuil sans fin, d’une grande Ă©motion de la premiĂšre Ă  la derniĂšre page. »

Avec des rĂ©sumĂ©s aussi allĂ©chants, difficile de ne pas me jeter illico sur ces lectures ! D’ailleurs, j’ai vite cĂ©dĂ© Ă  la tentation en dĂ©vorant Les bois de Sawgamet ce week-end, et je peux d’ores et dĂ©jĂ  vous dire qu’il s’agit d’un coup de coeur.

Le second livre, K., a l’air Ă©galement passionnant et bien Ă©crit. Je suis ravie de cette sĂ©lection qui me permet de dĂ©couvrir des auteurs mĂ©connus, dans des genres et des thĂšmes correspondant parfaitement Ă  mes goĂ»ts. 🙂

La papeterie  

Des cartes de la marque amĂ©ricaine Quill & Fox aux motifs Ă©lĂ©gants et vintage, Ă©voquant la nature et l’Ă©vasion, ainsi qu’un adorable petit carnet de la marque française Les Éditions du Paon. En bonus, une lettre de Marjorie nous prĂ©sentant plus en dĂ©tail le contenu de la box.

 

Les gourmandises
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✿ Cinq sachets de thĂ© Supertea de la marque danoise Teministeriet pour se rebooster 🙂

✿ Deux sachets de chocolat en poudre, goĂ»t banane et caramel, de la marque CafĂ© Tasse

✿ Deux mini-barres de chocolat de la marque CafĂ© Tasse

✿ Deux petits bonbons 

 

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Bilan 

Je suis trĂšs contente de cette box qui remplit toutes mes attentes. Des livres peu connus d’excellente qualitĂ©, de jolis articles de papeterie, de dĂ©licieux thĂ©s et friandises Ă  savourer pendant la lecture… Que demander de plus ? Les livres sont soigneusement emballĂ©s dans du papier kraft, la lettre de prĂ©sentation, longue et dĂ©taillĂ©e, reflĂšte la passion de la fondatrice. Seul petit bĂ©mol, le prix de l’abonnement Bonheur de lecture (35,90 euros, livraison incluse) peut-ĂȘtre un petit peu trop Ă©levĂ© pour pouvoir me l’offrir tous les mois 😉

Je recommande fortement cette box Ă  tous.tes les amoureux.ses de littĂ©rature Ă©trangĂšre, de pĂ©pites cachĂ©es, Ă  celles et ceux qui n’ont pas peur de sortir de leurs zones de confort  🙂

Note : En cliquant sur ce lien et en indiquant mon code parrain 30872011 lors de votre inscription, vous recevrez une cagnotte de 3 euros utilisable immĂ©diatement sur le site. N’hĂ©sitez pas !

 

 

Chroniques

[Chronique] Alexandre Hollan : trente annĂ©es de rĂ©flexion, 1985-2015, Yves Bonnefoy

Je remercie les Ă©ditions de l’Atelier contemporain ainsi que Babelio pour m’avoir envoyĂ© ce livre dans le cadre de l’opĂ©ration Masse Critique.

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Il s’agit d’un trĂšs bel ouvrage rassemblant une dizaine d’essais consacrĂ©s au peintre Alexandre Hollan, cĂ©lĂšbre pour ses peintures d’arbres. ÉchelonnĂ©s sur vingt-cinq annĂ©es, les textes d’Yves Bonnefoy, initialement parus au sein de catalogues d’exposition ou de monographies, ont Ă©tĂ© rassemblĂ©s ici de maniĂšre exhaustive.

Le poĂšte explore, au fil de variations autour du regard, du langage et de la lumiĂšre, ce qui constitue la spĂ©cificitĂ© des oeuvres de l’artiste. MĂ©ditation ontologique, rĂ©flexion portant sur la fonction de l’art et de la vie, Yves Bonnefoy nous fait part d’une certaine conception de l’immanence. Alexandre Hollan, Ă©crit-il, est « un tĂ©moin de ce que la perception a de continu, en sa profondeur qui se signifie comme, authentiquement, un mystĂšre. »

Il n’est pas aisĂ© de pĂ©nĂ©trer dans ces textes au style trĂšs lyrique, empreint de philosophie et de spiritualitĂ©. En endossant le rĂŽle de critique d’art, Yves Bonnefoy ne dĂ©laisse pas sa fonction de poĂšte : plus qu’une prĂ©sentation ou une Ă©tude de l’oeuvre d’Alexandre Hollan, il nous en propose ici une vision subjective, essentiellement poĂ©tique. Les reproductions des oeuvres de l’artiste nous offrent un Ă©chantillonnage des diverses techniques utilisĂ©es : fusain, aquarelle, acrylique, gouache et photographie. Les jeux de lumiĂšre donnent une profondeur Ă  la couleur et nous invitent Ă  approcher l’invisible prĂ©sent derriĂšre la perception.

Extrait

Chez Hollan l’approche de la rĂ©alitĂ© hors langage a lieu dans des peintures oĂč il descend jusqu’au vertige dans l’abĂźme de la couleur sur des chaudrons rouillĂ©s, des brocs, des fruits posĂ©s auprĂšs de ceux-ci sur un fond dĂ©livrĂ© des dimensions de l’espace. Et ainsi la nature morte — il prĂ©fĂšre dire « vie silencieuse » — exerce-t-elle Ă  nouveau, comme chez Chardin, sa fonction de rĂ©surrection.

Chroniques

[Chronique] The Girls, Emma Cline

The Girls, Emma Cline

★★★★☆

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The Girls
est un rĂ©cit fictif qui s’inspire de la sĂ©rie de meurtres perpĂ©trĂ©s par la secte de Charles Manson en 1969 Ă  Los Angeles. * NĂ©anmoins, le fait divers en lui-mĂȘme, tout comme la figure du gourou demeurent Ă  l’arriĂšre-plan durant tout le roman.

Emma Cline prend en effet le parti de se concentrer sur les « filles » de la communauté, et plus particuliÚrement sur Suzanne, jeune femme libre et sauvage qui fascine la narratrice.
Par le biais d’une Ă©criture tout en finesse, portĂ©e sur la sensation et l’introspection, elle nous plonge dans l’intimitĂ© d’une adolescente de quatorze ans en proie Ă  ses premiers dĂ©sirs et dĂ©sillusions.

Le personnage d’Evie, malgrĂ© sa fragilitĂ© manifeste, est loin d’ĂȘtre naĂŻf. Elle porte un regard critique sur le monde qui l’entoure et les mĂ©caniques qui le sous-tendent, notamment l’injustice des rapports hommes/femmes. Evie n’est pas une moralisatrice, elle observe et tire des conclusions, essaye de tirer son Ă©pingle du jeu.

Tout ce temps consacrĂ© Ă  me prĂ©parer, Ă  lire des articles qui m’apprenaient que la vie n’Ă©tait en rĂ©alitĂ© qu’une salle d’attente, jusqu’Ă  ce que quelqu’un vous remarque, les garçons l’avaient consacrĂ© Ă  devenir eux-mĂȘmes.
Chroniques

[Chronique] RĂ©cits d’un jeune mĂ©decin & Morphine, MikhaĂŻl Boulgakov

RĂ©cits d’un jeune mĂ©decin, MikhaĂŻl Boulgakov

★★★★☆

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Dans ces rĂ©cits Ă  forte dimension autobiographique (Boulgakov lui-mĂȘme a exercĂ© une carriĂšre mĂ©dicale avant de l’abandonner pour la littĂ©rature) l’auteur nous relate des Ă©pisodes de vie du docteur Bomgard, mĂ©decin de 24 ans tout juste diplĂŽmĂ©.

AffectĂ© dans un patelin perdu sans Ă©lectricitĂ©, Ă  plusieurs heures de route de la ville la plus proche, le narrateur se trouve brutalement confrontĂ© Ă  son inexpĂ©rience, Ă  l’isolement et aux lĂ©gions de patients dĂ©filant nuit et jour dans son hĂŽpital.

Ces sept nouvelles regorgeant de personnages hauts en couleur sont contĂ©es dans un style fluide et Ă©vocateur, non dĂ©pourvu de dĂ©rision, et nous plongent dans l’ambiance dĂ©licieuse d’une campagne enneigĂ©e battue par le blizzard, sous la lumiĂšre fumeuse des lampes Ă  pĂ©trole.

Morphine

★★★☆☆

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Journal fictif d’un mĂ©decin morphinomane, on retrouve dans ce rĂ©cit enchĂąssĂ© le docteur Bomgard. L’histoire prend la forme d’une confession qui nous prĂ©cipite dans les affres de l’addiction, et nous assistons ainsi Ă  la lente progression des tourments qui consument l’esprit et le corps du droguĂ©. Le style, l’ambiance, la structure du rĂ©cit m’ont rappelĂ© les nouvelles fantastiques de Maupassant, telles que le Horla.

« Mourir est une mort paradisiaque, une mort bĂ©ate en comparaison de la soif de morphine. De la mĂȘme maniĂšre, sans doute, le malheureux enterrĂ© vivant happe les derniĂšres infimes bulles d’air de son cercueil et dĂ©chire de ses ongles la peau de sa poitrine. De la mĂȘme maniĂšre l’hĂ©rĂ©tique sur son bĂ»cher gĂ©mit et se tord quand les premiĂšres langues de feu viennent Ă  lĂ©cher ses pieds

La mort. Sùche, lente, la mort

VoilĂ  ce qui se cache sous ces termes pĂ©dants d’ « état mĂ©lancolique » »

Challenges·Chroniques

Cold Winter Challenge : Bilan 1/2

 

Le monarque de la vallée, Neil Gaiman 

★★★★★

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Ma premiĂšre lecture du challenge a Ă©galement Ă©tĂ© l’une de mes prĂ©fĂ©rĂ©es. Dans cet
te novella d’une centaine de pages, nous suivons l’aventure d’un homme nommĂ© Ombre, le hĂ©ros du roman American Gods. Petite prĂ©cision : je n’ai pas encore lu American Gods, mais ça ne m’a pas gĂȘnĂ©e pour apprĂ©cier cette histoire aux allures de conte cauchemardesque, oppressant et Ă©nigmatique.

EngagĂ© comme gardien lors d’une soirĂ©e privĂ©e dans un Ă©trange manoir, Ombre se retrouve aux prises avec des personnages plus insolites et inquiĂ©tants les uns que les autres. À mesure que les heures passent, les vĂ©ritables intentions de son employeur se rĂ©vĂšlent et l’angoisse monte d’un cran


J’ai adorĂ© ce rĂ©cit Ă  l’atmosphĂšre macabre et teintĂ©e d’onirisme. Le style de Neil Gaiman, mĂȘme en traduction, est diablement efficace. Quant aux illustrations de Daniel EgnĂ©us, elles sont tout simplement sublimes et accompagnent le texte Ă  la perfection.

 


Fais-moi peur
, Malika Ferdjoukh

★★★☆☆

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Ce roman traĂźnait dans ma PAL depuis trĂšs, trĂšs (trĂšs) longtemps. En le voyant apparaĂźtre dans les listes d’autres blogueuses, j’ai enfin dĂ©cidĂ© de l’îter des trĂ©fonds de mes Ă©tagĂšres. Sans regret !

Pour la petite histoire, Malika Ferdjoukh est mon autrice jeunesse prĂ©fĂ©rĂ©e. Sombres citrouilles et Quatre soeurs comptent parmi mes romans chouchous de tous les temps. J’aime ses ambiances cocons et son style inimitable, ses personnages complexes, son humour, sa tendresse et parfois, sa fĂ©rocitĂ©.

Fais-moi peur n’a pas Ă©tĂ© un coup de coeur. Pour autant, ça reste une bonne lecture, parfaite dans le cadre du Cold winter challenge. Des enfants laissĂ©s seuls Ă  la maison un soir d’hiver, un assassin qui rĂŽde, de la neige par paquets


Le personnage de M. N, monstre des temps modernes, est abominable. DĂ©vorĂ© par sa haine et sa xĂ©nophobie, il incarne une figure du danger trĂšs dĂ©rangeante, qui m’a parfois mise assez mal Ă  l’aise. Les enfants, quant Ă  eux, sont de mignons petits bouts de chou que j’ai pris plaisir Ă  accompagner au fil des pages. Pour ĂȘtre honnĂȘte, je ne m’attendais pas Ă  autant de noirceur dans ce roman, mais Malika Ferdjoukh reste une valeur sĂ»re et j’ai tout de mĂȘme apprĂ©ciĂ© ma lecture.

Coeur de loup, Katherine Rundell

★★★☆☆

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Dans un dĂ©cor de conte de fĂ©es, une fillette intrĂ©pide part Ă  l’aventure pour libĂ©rer sa mĂšre, prisonniĂšre de l’armĂ©e du tsar. AccompagnĂ©e de sa meute de loups et de son ami Ilya, le jeune soldat, elle parcourt les forĂȘts enneigĂ©es de SibĂ©rie afin de rejoindre Saint-PĂ©tersbourg. Au cours de son pĂ©riple, il lui faudra braver le froid, la tempĂȘte et les hommes dĂ©pĂȘchĂ©s Ă  ses trousses, mais elle pourra aussi compter sur le soutien et l’aide d’alliĂ©s rencontrĂ©s en chemin.

J’ai aimĂ© ce roman Ă  l’ambiance enchanteresse. MalgrĂ© une intrigue assez simple et peu rĂ©aliste, le rĂ©cit a du charme et les personnages sont trĂšs attachants. En prime, il y a de trĂšs chouettes illustrations de Gelrev Ongbico !

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Kill the Indian in the child, Elise Fontenaille

★★☆☆☆

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Dans ce court rĂ©cit d’une centaine de pages, nous dĂ©couvrons l’atrocitĂ© des pensionnats autochtones au Canada, vĂ©ritables usines Ă  torture oĂč des milliers de jeunes AmĂ©rindiens ont subi des sĂ©vices corporels et psychologiques durant prĂšs de deux siĂšcles.

En s’inspirant de faits rĂ©els (tĂ©moignages et archives), Elise Fontenaille nous fait dĂ©couvrir le parcours d’un jeune garçon arrachĂ© Ă  sa famille pour ĂȘtre envoyĂ© Ă  l’école de Sainte-CĂ©cilia. LĂ -bas, un seul mot d’ordre : Kill the Indian in the child, Ă©liminer l’Indien dans l’enfant afin de lui faire oublier sa culture et ses origines.

C’est un rĂ©cit dur, glauque et qui va droit Ă  l’essentiel. Si je ne peux pas dire que j’ai passĂ© un bon moment avec cette histoire, elle m’a nĂ©anmoins paru trĂšs Ă©clairante.

Dans la forĂȘt de Hokkaido, Éric Pessan

★★☆☆☆

51D-seZrFYL._SX338_BO1,204,203,200_J’attendais beaucoup de ce roman, et j’ai malheureusement Ă©tĂ© un peu déçue. MalgrĂ© des descriptions poĂ©tiques et Ă©vocatrices, je ne me suis pas attachĂ©e aux personnages et j’ai Ă©tĂ© gĂȘnĂ©e par certains aspects de l’histoire, notamment sa dimension paternaliste (ainsi le personnage du pĂšre, qui passe beaucoup de temps Ă  aider les migrants et les SDF, fait un peu figure de hĂ©ros dĂ©bordant de gĂ©nĂ©rosité PlutĂŽt que de se concentrer sur le sort desdits personnages, j’ai eu l’impression que l’auteur se servait d’eux pour nous faire comprendre Ă  quel point le pĂšre est un homme admirable.)

L’un dans l’autre, c’est un roman qui se lit vite et bien, les sĂ©quences en forĂȘt m’ont semblĂ© trĂšs bien construites. Je n’ai pas rĂ©ussi Ă  accrocher Ă  l’intrigue mais je ne regrette pas pour autant ma lecture.

Almost Midnight, Rainbow Rowell


★★★
☆
☆

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J’avais beaucoup aimĂ© Fangirl et Carry On, un peu moins Eleanor & Park. Avec Almost Midnight, j’ai pris plaisir Ă  retrouver Rainbow Rowell le temps de deux nouvelles d’une cinquantaine de pages. La premiĂšre nous raconte l’histoire de Mags et Noel, deux amis de lycĂ©e qui au fil des annĂ©es, et plus prĂ©cisĂ©ment des rĂ©veillons passĂ©s ensemble, tombent un petit peu plus amoureux l’un de l’autre. C’est lĂ©ger, c’est mignon, c’est tout doux et ça fait du bien.

La seconde est ma prĂ©fĂ©rĂ©e : on y dĂ©couvre Elena, une jeune fille de 18 ans fan de Star Wars, qui a dĂ©cidĂ© de camper devant le cinĂ©ma Ă  l’occasion de la sortie du nouveau volet. Si l’expĂ©rience de la ligne s’avĂšre bien diffĂ©rente de ce Ă  quoi elle s’était attendue, elle lui permettra nĂ©anmoins de faire des rencontres intĂ©ressantes !

Dans cette nouvelle, j’ai retrouvĂ© l’humour de Rainbow Rowell ainsi que son don pour les dialogues et j’ai apprĂ©ciĂ© le rapprochement progressif des personnages.

L’étrange hĂŽtel de Secrets’ Hill, Kate Milford


★★★★☆

Capture d_écran 2017-11-15 à 13.13.12PremiĂšre lecture de 2018, ce roman d’aventure m’a fait commencer l’annĂ©e tout en douceur. Dans ce huis-clos atmosphĂ©rique, les clients d’un hĂŽtel enseveli sous la neige font face Ă  une sĂ©rie de vols mystĂ©rieux (non plus mystĂ©rieux que les clients eux-mĂȘmes, tous dĂ©barquĂ©s Ă  l’improviste l’avant-veille de NoĂ«l avec leurs lots de secrets et de bizarreries).

Le rĂ©cit prend la forme d’une chasse au trĂ©sor sur fond d’investigation criminelle et d’anecdotes contĂ©es au coin du feu, dans la pure tradition des nouvelles fantastiques. On y boit du cidre et du chocolat chaud, on y apprend (ou pas) Ă  crocheter les serrures, on fouille des vieux greniers et on s’initie aux arcanes du jeu de rĂŽles. En filigrane, une rĂ©flexion intĂ©ressante sur l’adoption, la gĂ©nĂ©alogie & les liens familiaux.

Une trÚs bonne découverte qui donne envie de se blottir dans un fauteuil moelleux en écoutant le vent frapper contre les vitres.

Chroniques

[Chronique] Les Tripodes — John Christopher

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★★★☆☆

CampĂ© dans un univers mĂ©diĂ©val futuriste oĂč les chevaliers cĂŽtoient les machines de mĂ©tal, Les Tripodes nous prĂ©sente le rĂ©cit d’aventures d’un jeune garçon nommé  Will.

Cela fait des siĂšcles que les Tripodes, gigantesques machines montĂ©es sur trois pieds, sillonnent les villes et les campagnes humaines. Chaque annĂ©e, les adolescents ĂągĂ©s de 14 ans sont soumis au rituel de la CĂ©rĂ©monie : aprĂšs une journĂ©e de festivitĂ©s, un tripode vient les chercher et ils sont alors « CoiffĂ©s », c’est-Ă -dire qu’on leur greffe une rĂ©sille sur le crĂąne.  L’opĂ©ration, qui ne laisse aucun souvenir, est considĂ©rĂ©e par tous comme un honneur.

Il arrive cependant que la procĂ©dure ne se dĂ©roule pas comme prĂ©vu. Certaines personnes, en effet, semblent perdent la raison Ă  la suite de l’intervention. Ils deviennent dĂšs lors des Vagabonds et sont vouĂ©s Ă  mener une vie de mendiants, errant de village en village et subsistant grĂące Ă  la charitĂ© des villageois. 

À mesure que la date de la CĂ©rĂ©monie approche, Will est assailli par les doutes. Que sont rĂ©ellement les Tripodes ? Pourquoi personne ne s’interroge-t-il sur la raison de leur prĂ©sence ?

Sa rencontre avec un Vagabond va lui permettre de dĂ©couvrir la vĂ©ritĂ© sur ces monstres de mĂ©tal et la nature de l’asservissement qu’ils exercent sur les hommes.

Elle va Ă©galement lui rĂ©vĂ©ler l’existence d’hommes libres, rĂ©fugiĂ©s dans les montagnes. DĂšs lors, Will n’a plus qu’une idĂ©e en tĂȘte : les rejoindre, et mener le combat Ă  leurs cĂŽtĂ©s.

Au cours de son pĂ©riple, Will va faire de multiples rencontres qui vont lui enseigner les valeurs du courage, du sacrifice et de l’amitiĂ©. Bien qu’il ne possĂšde pas l’étoffe d’un hĂ©ros et soit pourvu de nombreux dĂ©fauts, Will est un personnage attachant auquel on peut facilement s’identifier. 

Le rythme du rĂ©cit est rapide et entraĂźnant, les actions se multiplient et on ne s’ennuie pas un seul instant. Si l’écriture et la traduction sont dans l’ensemble appliquĂ©es et de bonne qualitĂ©, j’ai Ă©tĂ© gĂȘnĂ©e au dĂ©but du roman par des mĂ©langes frĂ©quents entre passĂ© simple et passĂ© composĂ©. Ceci mis Ă  part, j’ai plutĂŽt apprĂ©ciĂ© le style de l’auteur, Ă  la fois sobre et Ă©vocateur. J’ai Ă©galement regrettĂ© que les femmes ne soient pas davantage reprĂ©sentĂ©es dans cette histoire.

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un coup de coeur, j’ai pris plaisir Ă  dĂ©couvrir ce livre qui plaira certainement aux amateurs de science-fiction, petits ou grands.