Challenges

Cold Winter Challenge 2017 — PAL

Ça y est, c’est reparti pour une nouvelle Ă©dition du Cold Winter Challenge organisĂ© par Margaud Liseuse ! ☃

L’an dernier, je m’Ă©tais un petit peu emballĂ©e avec une PAL gigantesque et je me suis vite dĂ©couragĂ©e. Du coup, cette fois-ci, j’ai dĂ©cidĂ© de me donner un objectif plus rĂ©aliste : 12 romans, dont 3 en anglais et une Ă©crasante majoritĂ© de littĂ©rature Jeunesse/Young adult.

Voici donc ma PAL concoctée avec amour.

J’ai choisi trois menus, Flocons Magiques, Marcher dans la neige et Stalactites ensanglantĂ©es.

❄ Flocons Magiques ❄


Breadcrumbs (La forĂȘt des coeurs glacĂ©s), Anne Ursu 

« Hazel et Jack aiment rĂȘver et passent leur temps Ă  rĂ©inventer le monde. Mais un jour, Jack disparaĂźt, sans explication. Pour le retrouver et sauver leur amitiĂ©, Hazel entreprend un long et pĂ©rilleux voyage. La voici seule dans une Ă©trange forĂȘt peuplĂ©e de crĂ©atures fantastiques, Ă  la recherche du palais de glace de la reine des neiges qui a enlevĂ© Jack…»

Caraval, Stephanie Garber

« Bienvenue à Caraval!
Le spectacle le plus extraordinaire de tous les temps! Vous y verrez plus de merveilles que le commun des mortels au cours de toute une vie. Mais avant que vous vous plongiez dans notre univers, gardez Ă  l’esprit qu’il s’agit d’un jeu… Nous tenterons de vous convaincre que ce qui se passe au-delĂ  de ce portail est rĂ©el, mais ce n’est qu’illusions.
Alors prenez garde Ă  ne pas vous laisser trop emporter. Car les rĂȘves qui se rĂ©alisent peuvent ĂȘtre magnifiques, mais ils peuvent aussi se transformer en cauchemars si l’on ne se rĂ©veille pas…
»

House of many ways, Diana Wynne Jones

« A chaotically magical sequel to Howl’s Moving Castle.
Charmain Baker is in over her head. Looking after Great Uncle William’s tiny cottage while he’s ill should have been easy, but Great Uncle William is better known as the Royal Wizard Norland and his house bends space and time. Caught up in an intense royal search, she encounters an intimidating sorceress named Sophie. And where Sophie is, can the Wizard Howl and fire demon Calcifer be far behind? »


Le monarque de la vallée, Neil Gaiman

« Ombre a quittĂ© l’AmĂ©rique depuis prĂšs de deux ans. Ses nuits sont rompues par de dangereux rĂȘves. Parfois il croirait presque qu’il se moque de rentrer chez lui. Dans les montagnes d’Ecosse, oĂč le ciel est blanc et la solitude poignante, des gens beaux et riches se retrouvent dans une ancienne et imposante demeure de la vallĂ©e. Mais quand l’Ă©trange mĂ©decin local lui propose de participer Ă  une de ces soirĂ©es, Ombre s’Ă©tonne. Il sait qu’il n’a aucune bonne raison d’y aller. Que veulent-ils donc de lui ? »

 ❄ Marcher dans la neige ❄

Coeur de loup, Katherine Rundell

« FĂ©odora a grandi parmi les loups. Ils sont tout pour elle et, bientĂŽt, elle deviendra maĂźtre-loup, comme sa mĂšre. Mais ce destin extraordinaire est anĂ©anti quand surgit l’armĂ©e du tsar, dĂ©vastant tout sur son passage. Alors que sa mĂšre est faite prisonniĂšre, l’intrĂ©pide FĂ©o part avec sa meute Ă  travers les forĂȘts enneigĂ©es de SibĂ©rie. Bravant l’ennemi, le froid, les tempĂȘtes, elle est prĂȘte Ă  tout pour la sauver… »

Winter, Rick Bass

« Winter est le rĂ©cit de l’installation de Rick Bass et de sa femme dans un coin reculĂ© du Montana en plein hiver. Une vallĂ©e comme au dĂ©but du monde, une nature splendide et cruelle.Dans une prose lumineuse, le dĂ©fenseur de l’environnement Rick Bass redĂ©couvre, au terme d’un progressif dĂ©pouillement, l’essentiel.»

Kill the indian in the child, Élise Fontenaille 

« Comme tous les jeunes Indiens, Mukwa, 11 ans, est envoyĂ© dans un pensionnat canadien dont l’Ă©ducation est confiĂ©e Ă  des religieux. Malheureusement, le mot d’ordre est Kill the Indian in the child : Ă©liminer l’Indien dans l’enfant, lui faire oublier sa culture, sa religion, ses origines. Mais Mukwa se rebelle, dĂ©cide de fuir et de rejoindre son pĂšre trappeur, dans la forĂȘt…»

Dans la forĂȘt, Jean Hegland 

« Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaĂźt semble avoir vacillĂ©, plus d’électricitĂ© ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cƓur de la forĂȘt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien dĂ©cidĂ©es Ă  survivre. »

đŸ—ĄïžÂ Stalactites ensanglantĂ©esÂ đŸ—Ąïž

Fais-moi peur, Malika Ferdjoukh

« Monsieur N. n’avait pas Ă©tĂ© un criminel toute sa vie. La preuve, il avait dĂ©jĂ  neuf ans quand il tua pour la premiĂšre fois. Bien entendu, Ă  cette Ă©poque, il n’Ă©tait pas encore monsieur N..
Les parents sont sortis, les enfants font du pop-corn, Odette voudrait aller chercher un sapin au cimetiĂšre, elle craint que le PĂšre NoĂ«l ne les oublie. Monsieur N. ne les oublie pas, lui. Il a dĂ©jĂ  tuĂ© son chien Thor, il a mis un manteau rouge, il se prĂ©pare. Un roman haletant, tendu, mais plein d’humour aussi. Un thriller de NoĂ«l, qui ne vous lĂąche pas.»

L’étrange hĂŽtel de Secret’s hill, Kate Milford

« Le dĂ©cor : La Villa de Verre, un immense hĂŽtel sans Ăąge, perchĂ© en haut d’une colline.
Signes particuliers :  des secrets et des mystÚres  derriÚre chaque porte.
Les personnages : Les propriĂ©taires et leur fils adoptif Milo ; leurs amies Mrs Caraway, Lizzie et Meddy ; et, bien sĂ»r, les clients de l’hĂŽtel

Signes particuliers : cinq clients arrivĂ©s Ă  l’improviste, tantĂŽt inquiĂ©tants, tantĂŽt ridicules, qui cachent les raisons de leur sĂ©jour dans ce lieu isolĂ© et jouent tous un double jeu.
Les faits : Une carte au trĂ©sor indĂ©chiffrable, une petite fille au caractĂšre bien trempĂ©, un hĂ©ros en quĂȘte d’identitĂ©, des objets qui disparaissent, un huis clos enneigĂ©, des rĂ©cits Ă©tonnants, du chocolat chaud et des marshmallows. 
»

❄ Livres Bonus ❄

Almost Midnight, Rainbow Rowell

« Midnights is the story of Noel and Mags, who meet at the same New Year’s Eve party every year and fall a little more in love each time . . .

Kindred Spirits is about Elena, who decides to queue to see the new Star Wars movie and meets Gabe, a fellow fan. »

Dans la forĂȘt de Hokkaido, Éric Pessan 

« Les anges gardiens n’existent pas qu’en rĂȘve, le saviez-vous ? Lorsque Julie plonge dans le sommeil, son monde bascule. L’adolescente se retrouve dans la forĂȘt de l’Ăźle japonaise d Hokkaido, reliĂ©e physiquement Ă  un petit garçon de sept ans. AbandonnĂ© par ses parents, il erre seul, terrifiĂ©, et risque de mourir de froid, de soif et de faim. Quel est le lien entre Julie et l’enfant perdu ? »

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Chroniques

[Chronique] Une maison de poupĂ©e, Henrik Ibsen : une piĂšce intelligente, moderne et fĂ©ministe

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★★★★☆

CrĂ©Ă© en 1879 par l’auteur norvĂ©gien Henrik Ibsen, Une maison de poupĂ©e est un drame en trois actes qui respecte les rĂšgles du thĂ©Ăątre classique : unitĂ© de temps, de lieu et d’action. Si la forme et le style sont conventionnels, les thĂšmes abordĂ©s dans la piĂšce, eux, le sont beaucoup moins.

À travers l’histoire de Nora et de son mari, Ibsen dresse une critique de la sociĂ©tĂ© bourgeoise du XIXe siĂšcle et plus particuliĂšrement, du rĂŽle dĂ©volu Ă  la femme au sein de celle-ci. Une femme bien souvent rĂ©duite Ă  ses statuts de mĂšre et d’épouse, dont l’on apprĂ©cie la compagnie mais que l’on ne considĂšre jamais comme l’égale de l’homme.

De quoi ça parle :

L’action se dĂ©roule peu avant NoĂ«l, dans l’appartement de la famille Helmer. Le mari, Torvald, vient d’obtenir un poste de directeur de banque qui les met Ă  l’abri des difficultĂ©s Ă©conomiques. Cette situation heureuse rĂ©jouit Nora, car il n’en a pas toujours Ă©tĂ© ainsi : des annĂ©es plus tĂŽt, elle a Ă©tĂ© forcĂ©e d’emprunter de l’argent pour financer un voyage nĂ©cessaire Ă  la santĂ© de Torvald, alors trĂšs malade.

Pour ce faire, cependant, Nora s’est rendue coupable de mensonge : tout d’abord auprĂšs de son crĂ©ancier, en falsifiant une signature, puis de son mari, qui n’aurait pas approuvĂ© cet endettement.

Alors qu’une sĂ©rie d’évĂ©nements menace de faire Ă©clater la vĂ©ritĂ©, la tension s’installe au coeur de la piĂšce et le personnage de Nora dĂ©voile une complexitĂ© qu’on ne soupçonnait pas au premier abord.

En effet, si lors des premiĂšres scĂšnes elle est reprĂ©sentĂ©e comme une femme insouciante et irresponsable, on s’aperçoit au fur et Ă  mesure qu’elle est en rĂ©alitĂ© le ciment du foyer. Tout au long de la piĂšce, on assiste ainsi Ă  une vĂ©ritable prise de conscience de la part de Nora : en rĂ©vĂ©lant l’hypocrisie et les injustices auxquelles elle doit faire face en raison de sa condition fĂ©minine, elle va s’émanciper et se rĂ©volter contre les conventions sociales machistes et sexistes de l’époque. Le dĂ©nouement, inattendu, porte les germes d’un combat fĂ©ministe (hĂ©las) toujours trĂšs actuel.

Ce que j’en ai pensĂ©

J’ai dĂ©couvert ce livre dans le cadre du club de lecture « Une chambre Ă  nous » organisĂ© par TĂȘte de Litote et Opalyne. Je connaissais l’auteur de rĂ©putation (sa piĂšce Un canard sauvage traĂźne d’ailleurs dans ma PAL depuis des annĂ©es 
) et j’avais trĂšs envie de le dĂ©couvrir : je n’ai pas du tout Ă©tĂ© déçue !

Du point de vue du style et de l’ambiance, ça m’a fait penser aux Ɠuvres de Tchekhov (probablement lui-mĂȘme inspirĂ© par Ibsen ?). Une Ă©criture sensible et appliquĂ©e, brossant Ă  petites touches un tableau de la sociĂ©tĂ© et des individus. Pas de grandes dĂ©clarations lyriques, mais des dialogues prĂ©cis et chargĂ©s de sens qui dĂ©noncent subtilement l’ordre Ă©tabli.

En tant que femme et en tant que fĂ©ministe, j’ai adorĂ© l’évolution de Nora au cours de la piĂšce. Je me suis dĂ©lectĂ©e de la voir se poser les bonnes questions, en venir aux bonnes conclusions et se dresser pour elle-mĂȘme afin de reprendre le contrĂŽle de sa vie.

Le thĂ©Ăątre ne manque pas d’hĂ©roĂŻnes fortes, mais ce sont pour beaucoup des hĂ©roĂŻnes tragiques : Antigone, PhĂšdre, Juliette, BĂ©rĂ©nice


Qu’un personnage de femme ne soit pas vouĂ© Ă  une fin malheureuse, forcĂ© de se sacrifier par amour ou sous le poids des conventions sociales, c’est Ă  mon avis une chose formidable.

Nora est un modĂšle d’émancipation fĂ©minine, et ses choix, Ă  la fin de la piĂšce, m’ont semblĂ© libĂ©rateurs.

En conclusion, je recommande fortement la lecture de cette piùce au message important et toujours pertinent en 2017. 👍

Extrait

HELMER. J’aurais travaillĂ© avec joie nuit et jour pour toi, Nora pour toi, j’aurais tout supportĂ©, les soucis, la misĂšre. Mais il n’y a personne qui sacrifie son honneur pour l’ĂȘtre qu’il aime.

NORA. C’est pourtant ce que des centaines de milliers de femmes ont fait.

Chroniques

Coups de coeur 2016 & 2017 â™„

COUPS DE COEUR : 2016 & 2017  

 (Partie 1 : Littérature adulte)

 

 

1. Et quelquefois j’ai comme une grande idĂ©e, Ken Kesey
(Sometimes a Great Notion)

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RĂ©sumĂ© de l’Ă©diteur :

Alors que la grĂšve installĂ©e Ă  Wakonda Ă©trangle cette petite ville forestiĂšre de l’Oregon, un clan de bĂ»cherons, les Stampers, bravent l’autoritĂ© du syndicat, la vindicte populaire et la violence d’une nature Ă  la beautĂ© sans limite. MenĂ© par Henry, le patriarche incontrĂŽlable, et son fils, l’indestructible Hank, les Stampers serrent les rangs…

Mais c’est sans compter sur le retour, aprĂšs des annĂ©es d’absence, de Lee, le cadet introverti et rĂȘveur, dont le seul dessein est d’assouvir une vengeance.

Au-delĂ  des rivalitĂ©s et des amitiĂ©s, de la haine et de l’amour, Ken Kesey, auteur lĂ©gendaire de Vol au-dessus d’un nid de coucou, rĂ©ussit Ă  bĂątir un roman Ă©poustouflant qui nous entraĂźne aux fondements des relations humaines.

Pourquoi c’est beau et bien :

Ce qui m’a fait tomber amoureuse de ce livre, c’est sa structure complexe, la puissance de sa narration. Roman polyphonique, il nous plonge dans l’intimitĂ© des personnages et nous fait basculer d’un point de vue Ă  l’autre, d’une Ă©poque Ă  l’autre avec une habiletĂ© stupĂ©fiante.

Cette immersion dans le rĂ©cit est renforcĂ©e, en arriĂšre-plan, par une splendide peinture de l’Oregon, brossĂ©e Ă  petites touches pour nous promener des bords de la riviĂšre aux forĂȘts battues par des pluies incessantes, en passant par le bar crasseux oĂč chacun vient noyer sa misĂšre dans l’alcool.

Il s’agit Ă©galement d’un hymne Ă  la musique : la country et le jazz, mais aussi l’harmonie plus sauvage des aboiements de chiens, des feulements de lynx ou du cri lançinant des oies en migration.

Par la force de ses personnages, ses thĂšmes, sa technique narrative et son style Ă  la fois simple et Ă©poustouflant, Et quelquefois j’ai comme une grande idĂ©e tient Ă  la fois du roman psychologique et du roman d’ambiance, dont on ressort ravis et un peu chamboulĂ©s.

Extrait

En bĂąillant, tandis que tu vas vers la maison, pataugeant dans le brouillard jusqu’à mi-cuisses, tu te demandes vaguement si tu es encore endormi et en mĂȘme temps Ă©veillĂ©, encore dans le rĂȘve et dĂ©jà hors du rĂȘve. Est-ce impossible ? Ce sol emmaillotĂ©, ouatĂ©, est semblable au sommeil ; ce silence feutrĂ© ressemble Ă  celui d’un rĂȘve. L’air est si calme. Les renards ne glapissent pas dans les bois. Les corbeaux ne croassent pas. Tu ne vois pas de canards survoler le fleuve. Tu n’entends pas l’habituelle brise du matin palper les feuilles des aulnes noirs. Tout est immobile. Sauf ce sifflement, tendre, dĂ©licieux, humide


2. Les Intéressants, Meg Wolitzer
(The Interestings)

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RĂ©sumĂ© de l’Ă©diteur :

Durant les annĂ©es 1970, Julie, 16 ans, passe une partie de son Ă©tĂ© Ă  Spirit in the wood, une colonie de vacances. Elle y fait la connaissance d’un groupe de cinq jeunes adolescents qui se sont baptisĂ©s « Les IntĂ©ressants », par dĂ©fi vis Ă  vis des autres pensionnaires: Ethan, un surdouĂ© des films d’animation, Goodman et sa soeur Ash, ainsi que Jonah, le fils d’une cĂ©lĂšbre chanteuse folk icĂŽne de la contre culture, et enfin Cathy, une trĂšs belle fille qui rĂȘve de devenir danseuse.
Julie – rebaptisĂ©e Jules par les IntĂ©ressants – est fascinĂ©e par ces jeunes gens de son Ăąge, cultivĂ©s, ironiques, talentueux et sĂ»rs d’eux.
Le roman suit l’évolution des IntĂ©ressants pendant prĂšs de quarante ans. Ethan Ă©pousera Ash. Ensemble, ils connaĂźtront le succĂšs, mĂȘme si Ethan reste profondĂ©ment amoureux de Jules. Goodman, lui, devra faire face Ă  la justice. Ash sera dĂ©tournĂ© de la musique. Et Jules
 Jules se cherchera pendant de longues annĂ©es et racontera leur histoire Ă  tous.

Ce que j’ai aimĂ© : La premiĂšre chose qui m’a plu dans ce roman, c’est l’attention portĂ©e aux personnages — leurs psychologies, leurs interactions, la maniĂšre dont ils Ă©voluent (ensemble et individuellement) au cours du rĂ©cit. Bien que la narration se focalise essentiellement sur Jules, tous les personnages sont fouillĂ©s, complexes, et mĂȘme si on ne s’attache pas autant Ă  chacun d’entre eux, on se plaĂźt Ă  entrer dans leur intimitĂ©, Ă  les regarder grandir et Ă©voluer.

Et c’est peut-ĂȘtre ça, la force du roman : l’histoire se dĂ©roule sur prĂšs de quarante ans, des annĂ©es 70 au monde d’aujourd’hui. Au fil des dĂ©cennies qui se succĂšdent, on se retrouve plongĂ©s à travers les Ă©poques, et tandis qu’en toile de fond le paysage politique et social se transforme, on assiste Ă  des mutations d’Ă©tats d’esprits qui vont Ă©branler la sociĂ©tĂ© dans laquelle Ă©voluent les personnages.

En fin de compte, je dirais que Les IntĂ©ressants propose une reprĂ©sentation du monde et des gens trĂšs authentique, sans complaisance ni cruautĂ©. C’est un livre drĂŽle, tendre, Ă©mouvant, parfois dur ; un livre qui ne raconte pas seulement une histoire, mais aussi un peu de notre histoire Ă  tous — celle du monde oĂč l’on vit, des personnes que l’on est.

Extrait

N’Ă©tait-ce pas toujours ainsi ? Des parties de corps pas tout Ă  fait alignĂ©es comme on l’aurait souhaitĂ©, un ensemble un peu de travers, comme si le monde lui-mĂȘme Ă©tait une sĂ©quence animĂ©e de dĂ©sir et de jalousie, de haine de soi et de grandiloquence, d’Ă©checs et de succĂšs, un boucle Ă©trange et infinie, que vous ne pouviez pas vous empĂȘcher de regarder car, malgrĂ© tout ce que vous saviez maintenant, c’Ă©tait toujours trĂšs intĂ©ressant.

3. La route, Cormac McCarthy
(The Road)

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RĂ©sumĂ© de l’Ă©diteur :

L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dĂ©vastĂ©, couvert de cendres. On ne sait rien des causes de ce cataclysme. Un pĂšre et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hĂ©tĂ©roclites et de vieilles couvertures. Ils sont sur leurs gardes car le danger peut surgir Ă  tout moment. Ils affrontent la pluie, la neige, le froid. Et ce qui reste d’une humanitĂ© retournĂ©e Ă  la barbarie.

 

Pourquoi j’ai aimĂ© : 

Le style de McCarthy est une petite pépite. Simple et sobre, épuré, délicieusement précis.

Amateurs de virgules ? Passez votre chemin ! Cormac ne jure que par les phrases nominales. Ce qui peut dĂ©router, rebuter, mais qui dans tous les cas ne laisse pas indiffĂ©rent. Moi, j’ai adorĂ©. Il en dĂ©coule un rythme hypnotique, lĂ©nifiant… On en oublierait presque l’horreur du rĂ©cit qu’on est en train de lire.

De fait, c’est sombre et glauque. Peu de place pour l’espoir — pour le monde ou l’humain. Peu d’action, de dialogues. Une suite de gestes routiniers, une quĂȘte de survie de plus en plus dĂ©sincarnĂ©e. Et pourtant, la poĂ©sie est lĂ , dans les dĂ©tails les plus sordides, au dĂ©tour d’une phrase, d’une image, d’un souvenir qui parfois, affleure Ă  la conscience de ces deux personnages que l’on suit, nuit aprĂšs nuit et jour aprĂšs jour, sans jamais se lasser.

Splendide et bouleversant !

Extrait

Le froid et le silence. Les cendres du monde dĂ©funt emportĂ©es çà et lĂ  dans le vide sur les vents froids et profanes. EmportĂ©es au loin et dispersĂ©es et emportĂ©es encore plus loin. Toute chose coupĂ©e de son fondement. Sans support dans l’air chargĂ© de cendre. Soutenue par un souffle, tremblante et brĂšve.
Si seulement mon coeur Ă©tait de pierre.

 

4. Jonathan Strange & Mr Norrell, Susanna Clarke

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Résumé du Livre de Poche :

1806. Dans une Angleterre usĂ©e par les guerres napolĂ©oniennes, un magicien Ă  l’ancienne mode, Mr Norrell, offre ses services afin d’empĂȘcher l’avancĂ©e de la flotte française. En quelques jours, les Anglais ont repris l’avantage. Norrell devient la coqueluche du pays. C’est alors qu’il fait la connaissance d’un jeune et brillant magicien, Jonathan Strange. Ensemble, les deux hommes vont Ă©blouir l’Angleterre par leurs prouesses. Jusqu’à ce que l’audacieux Strange, attirĂ© par les aspects les plus sombres de la magie, provoque la colĂšre de Mr Norrell
 Entre roman fantastique et roman d’aventures, entre fĂ©erie et romantisme, ce premier roman de Susanna Clarke a Ă©tĂ© Ă©lu meilleur livre de l’annĂ©e par Time Magazine et a reçu le prix Hugo.

Pourquoi j’adore : 

Jonathan Strange & Mr Norrell, c’est de l’uchronie de fantasy pour acadĂ©miciens et universitaires dĂ©soeuvrĂ©s, amateurs de Huysmans, de romans gothiques ou d’incunables issus des trĂ©fonds d’une brocante. Ici, on est trĂšs loin de Harry Potter. Les personnages principaux ne sont ni agrĂ©ables, ni attachants. Peu de traces d’aventures, encore moins de romance. L’intrigue est avant tout politique et savante. C’est un petit pavĂ© de 1150 pages. Et pourtant, je ne me suis pas ennuyĂ©e un seul instant.

D’abord, si vous aimez l’humour anglais caustique, ce livre est hilarant. Ce ne sont jamais de grosses farces ou retournements de situations grotesques, mais des petites piques fĂ©roces, des allusions savoureuses glissĂ©es au dĂ©tour d’une rĂ©plique, d’une description. Et tout le monde en prend pour son grade. Les Anglais, les Français, la sociĂ©tĂ© mondaine, les thĂ©oriciens… Susanna Clarke n’Ă©pargne personne.

Ensuite, il y a l’univers inventif, foisonnant, enchanteur. Si le rĂ©cit s’Ă©coule Ă  un rythme trĂšs lent, c’est que l’autrice prend le temps de nous dĂ©voiler, strate aprĂšs strate, l’architecture complexe qui compose son univers. De l’abbaye de Hurtfew oĂč Mr Norrell se terre comme un reclus Ă  Illusions-Perdues, le manoir terrifiant du Royaume des fĂ©es, tous les lieux mentionnĂ©s nous plongent dans une atmosphĂšre saupoudrĂ©e de mystĂšre, sous le vernis craquelĂ© d’anciennes lĂ©gendes celtes.

Je ne conseillerais pas ce livre Ă  n’importe qui. C’est long, c’est lent, c’est Ă©crit dans un style soutenu, mĂȘme prĂ©cieux (trĂšs beau, de mon point de vue, mais sans doute pas du goĂ»t de tout le monde), il y a peu de suspense ou d’action. Mais si vous aimez les ambiances romantiques ; la magie ; l’Histoire ; la satire sociale ; l’ironie ; les salons anglais ; les intrigues passionnantes, denses et originales : foncez les yeux fermĂ©s !

Extraits

« Elle portait une robe couleur d’orage, de tĂ©nĂšbres et de pluie, avec un chapelet de regrets et de promesses rompues en sautoir. »

« — Un magicien peut-il tuer avec sa magie ? demanda Lord Wellington Ă  Strange.
Strange fronça le sourcil. La question ne lui plaisait guÚre. 

— J’imagine qu’un magicien le pourrait, reconnut-il, un gentleman jamais. »

 

5. Une histoire des loups, Emily Fridlund
(History of Wolves)

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RĂ©sumĂ© de l’Ă©diteur : 

Madeline, adolescente un peu sauvage, observe Ă  travers ses jumelles cette famille qui emmĂ©nage sur la rive opposĂ©e du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisĂ©e semble si diffĂ©rente de la sienne. BientĂŽt, alors que le pĂšre travaille au loin, la jeune mĂšre propose Ă  Madeline de s’occuper du garçon, de passer avec lui ses aprĂšs-midi, puis de partager leurs repas. L’adolescente entre petit Ă  petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu’Ă  moitiĂ© ce qui se cache derriĂšre la fragile gaietĂ© de cette mĂšre et la sourde autoritĂ© du pĂšre. Jusqu’Ă  ce qu’il soit trop tard.

Terrible, oui mais pourquoi ? 

Cette question, je me la suis posĂ©e en boucle depuis que j’ai terminĂ© ma lecture d’Une histoire des loups. Bien sĂ»r, il y a le cadre — le dĂ©cor du nord du Minnesota, avec ses lacs gelĂ©s et ses bois sombres, contribue Ă  façonner l’atmosphĂšre envoĂ»tante du roman. Un rĂ©cit mystĂ©rieux et oppressant, Ă  mi-chemin entre nature writing et thriller psychologique.

En Ă©voquant Madeline, la protagoniste et narratrice de l’histoire, je suis tentĂ©e de parler de personnage ambivalent. Adolescente sauvage, Ă©levĂ©e dans une communautĂ© hippie au fond des bois, elle Ă©volue en marge des conventions sociales mais possĂšde en revanche une intuition aiguisĂ©e. C’est ce mĂ©lange de naĂŻvetĂ© et de sensibilitĂ© Ă  fleur de peau qui constitue, pour moi, tout le sel du roman. À travers les yeux de Madeline, on voit se dĂ©rouler les prĂ©mices d’un drame, des ombres Ă©vanescentes qui flottent Ă  la lisiĂšre de notre comprĂ©hension. On ne devine pas : on pressent.

De chapitre en chapitre, le sentiment d’Ă©trangetĂ© se resserre comme un Ă©tau, l’angoisse et la curiositĂ© nous saisissent Ă  bras-le-corps. Mais rien n’est jamais prĂ©cipitĂ©, et le dĂ©nouement, lui non plus, ne sera pas une fin en apothĂ©ose. L’intrigue, glaçante et captivante, est servie par un style Ă©lĂ©gant et subtil, une Ă©criture intime qui m’a ensorcelĂ©e.

Extrait

Les hivers Ă©taient particuliĂšrement emprisonnants. On Ă©tait tous attachĂ©s — comme par une corde — Ă  ce vieux poĂȘle maculĂ© de suie. Ce qui, j’en suis consciente, ne manque pas de romantisme quand le dĂ©cor est bien campĂ©, avec cette austĂ©ritĂ© propre aux histoires de fantĂŽmes dont les gens raffolent, et j’ai souvent dĂ©crit les choses de cette maniĂšre pour le plus grand plaisir des garçons amateurs de pendentifs en dent de requin que je retrouvais dans les cafĂ©s. Aujourd’hui encore, il y a tant de gens qui admirent le manque. Ils pensent que le manque vous aiguise, comme la beautĂ©, faisant de vous quelque chose qui pourrait les blesser. Inconsciemment, ils y mesurent leur propre force, se prĂ©parant soit Ă  vous plaindre, soit Ă  vous combattre.